Ficelle

Meeting Ficelle the 28 december 2021

As-tu déjà contemplé ces nuées d’oiseaux? Ces milliers de corps si fragiles qui ondulent et sculptent le ciel de poèmes écrits du bout de leurs ailes. Il doit y avoir quelque chose de plus grand là-haut. Et moi, parfois, j’aimerais devenir oiseau.

Ils existent au-delà de la raison. Là où les corps murmurent et s’harmonisent à l’intuition. Dans leurs métamorphoses, ils s’intiment et tourbillonnent, se chevauchent et s’abandonnent. Mais jamais ils ne se heurtent. Ils survivent ne faisant qu’un. Ça me coupe le souffle mine de rien.

Souffle court. L’air me manque. Sous les rayons voilés, son torse berce mon dos blotti. Le ventre enlacé, le corps disloqué, j’ai du mal à respirer. Ca doit se débattre à l’intérieur. Au plus profond tout près du coeur. Ça lutte en vain. Ça lâche enfin. Un autre souffle veille sur le mien.

Pousse-toi. Viens-là. Tâtonne-moi. Pas comme ça? Défie-moi. Cherche-toi.Tu dirais quoi si je t’emmenais là-bas? Pour la première fois en silence, regarde-nous, on danse. Sans trop savoir où on va pourtant, on avance.

Plus loin. Trop loin. À la dérive. Au bord de moi j’ai le vertige. Il fait si sombre là-bas. Il fait si froid tout en bas. Le soleil noir fait trembler l’épine. Au corps à cordes, je perds le fil.

Le lien. Il me semble si loin soudain. Espiègle, il a dû se faufiler au fond de l’abîme. S’est emparé du chaos. A rassembler quelques morceaux. Il le structure et le lui donne forme. Entre ses mains, c’est tout mon être qui se transforme. Qui s’abandonne.

A corps éprouvé, capitulent les idées. Douleur diffuse s’est arrachée de mes os. Devenue si frêle, s’est échouée sur ma peau. Chorégraphie du néant. Le vide s’invite au dedans.

Je deviens légère. Reprends de l’air. De l’amplitude. De la hauteur. Il fait si calme tout là-haut. A deux, bien plus au chaud, je déploie mes ailes comme un oiseau.